En quoi la pratique de la calligraphie est aidante dans sa pratique d’infirmière ?

Dans le cadre des activités proposées par le Centre culturel du CROUS de Paris, Quartier Japon organise un atelier de calligraphie à destination des étudiants du CROUS venant d’universités et de secteurs d’activités différents, un samedi par mois. Ce samedi 4 avril, il y avait deux participantes, Amel et Kyan, toutes deux élèves infirmières à la Sorbonne, l’une en première et la seconde en seconde année. Abel était déjà venue la session précédente, Kyan venait pour la première fois.
La calligraphie, comme porte d’entrée !
Depuis septembre 2025, je présente désormais davantage la calligraphie comme une éventuelle une porte d’entrée, pouvant permettre de faire l’expérience des bienfaits personnels suivants :
- le lâcher prise,
- la mise à distance des pensées récurrentes,
- la diminution des tensions, mentales et corporelles,
- l’accroissement de sa sensibilité, tant pour ce qui provient de soi-même comme de son entourage,
- l’amélioration de sa capacité à éviter et à gérer les conflits…
Plus encore, du fait qu’Amel et Kyan sont toutes deux des élèves infirmières, rapidement je leur fais savoir que je suis moi-même de formation d’infirmier en psychiatrie, puis que j’ai eu une pratique de faisant fonction d’infirmier en chirurgie, pendant cinq année, dans une clinique parisienne.
Les bienfaits de la pratique de la calligraphie pour leur pratique de soignante
Ce parcours commun et du fait qu’elles sont les seules participantes, m’incite à leur présenter « Ce lâcher prise induit par la calligraphie, que peut-il vous apporter dans votre pratique professionnelle ? » :
- si elles sont plus relâchées et donc plus dans l’instant présent, chaque moment vécu devient unique. Par exemple, on peut très bien avoir la sensation que tous les matins en entrant dans la chambre 212, on y trouve Mdme X. au fond de son lit. De la voir dans les mêmes circonstances chaque jour, cela peut nous faire tomber dans une sorte de routine relationnelle : « Bonjour. Ca va ce matin ? », sans attendre véritablement la réponse. Quand on est dans l’instant présent et donc dans la situation présente, on peut être, dès lors, beaucoup plus sensible et percevoir un léger changement dans la réponse comme dans l’attitude du patient, laquelle perception pourrait permettre de ne pas passer à côté d’une aggravation de l’état de la patiente. Un matin, si j’avais été davantage sensible à l’instant présent, peut-être aurais-je été alerté par une infime modification de l’athmosphère émanant de la patiente de la chambre 220. Quand j’étais revenu plus tard dans sa chambre pour l’aider pour sa toilette, elle était ddéjà décédée…
- Également, d’être plus relâché permet que se diffuse fortement l’énergie qui provient de soi-même, énergie que les patients ressentent avec acuité. Pour les populations asiatiques, cette énergie, le KI, part de sous le nombril, puis se répand à l’intérieur de soi pour, au final, se trouver extériorisée, autant via notre comportement que via nos production, nos mots, notre calligraphie… Cette énergie, qui a pu s’extérioriser et donc être mise à disposition de notre entourage, fait que certaines personnes ressentent le charisme d’autres personnes, mais aussi de l’énervement, du stress, de l’apaisement, …, au contact d’autres. Quand j’arrivais le matin dans un nouveau service, les sonnettes retentissaient souvent frénétiquement dès le réveil des patients. Plus tard, au cours de la journée, comme les matins suivants les fois quand j’avais la charge du même service, les patients me connaissaient, savaient qui j’étais, et étaient tranquillisés ; il n’y avait donc quasiment plus de sonnette d’angoisse le matin !
- Etant plus relâché et plus sensible à ce qui se passe à l’intérieur de soi-même, on devient mieux à même de sentir des signes imperceptibles en présence de son entourage (autant ses collègues, sa hiérarchie, qu’avec les personnes en soins dont on a la charge), le plus souvent sous la forme d’un pressentiment, lequel peut nous permettre de sentir que ce n’est pas vraiment le cas et permet à l’équipe soigante de ne pas passer à côté d’une dégradation de l’état du patient.
- …
Quand l’explication s’appuie sur une expérience
J’avais commencé à présenter ces différents bienfaits en amont de la partie « pratique » de l’atelier, mais quand elles calligraphiaient, puis un peu avant la toute fin de l’atelier, je suis entré davantage dans les détails. En effet, une fois qu’elles avaient expérimenté cet instant de calligraphie, mes mots n’étaient pas détachés d’une pratique, mais bien plutôt associés à une expérience, à des ressentis, à un vécu ! En fin d’atelier, quand elles ont vu leur première et leur version finale de la calligraphie de leur prénom, elles n’ont pu que se rendre compte, d’elle-même, de l’équilibre et de l’harmonie qu’elles étaient parvenues à obtenir et donc de l’importante évolution de leurs calligraphies, du fait qu’elles étaient parvenues à être dans un lâcher-prise. De la sorte, mes mots, mes explications, ma lecture des choses, prenait du poids, car elle s’ancrait et s’appuyait sur une réalité. Ce n’étaient pas des mots ni du sens pour dépeindre une réalité, mais une mise en mots et en sens à partir d’une réalité et d’une expérience émotionnelle !
Des ateliers de calligraphie à l’hôpital, un soin de support
Je leur ai également indiqué que j’interviens régulièrement dans des hôpitaux, notamment cette semaine au Centre Européen Georges Pompidou, autant à la médiathèque de l’hôpital, à la fois pour du personnel et des personnes hospitalisées, qu’en chambres. D’une façon générale, je suis également intervenu à Necker comme dans plusieurs autres hôpitaux de la région parisienne, dans différents services. Plus auparavant, j’étais déjà également intervenu, avec une calligraphe japonaise, auprès de l’Intitut Gustave Roussy, où autant la pratique de l’origami que de la calligraphie, était utilisé en tant que soins de support : pour permettre aux patienst d’atténuer leurs angoisses lors des temps d’attente anxiogène, en les surpenant par une activité qu’elles ne s’attendaient pas à trouver dans un hôpital et en les détournant de leurs pensées stressantes ; en mettant ainsi en place une autre connexion neuronale. Une professeure d’un certain âge, d’ailleurs, était venue nous voir après une consultation avec une patiente qu’elle avait l’habitude de voir, pour nous remercier : de l’avoir prise auparavant dans notre atelier avait fait qu’elle était arrivée à sa consultation en étant beaucoup plus détendue ! En extrapolant un petit peu, nous pourrions ainsi en déduire que la personne arrivant en étant moins angoissée, cela pourrait permettre que le traitement serait peut-être plus efficace ? ; il y aura moins de filtres et de barrières de tension à surmonter ?
Cela a donc été une chance, que de nous être retrouvés à 3 personnes pour cet atelier avec un vécu en parti partagé : ainsi, je suppose que mes explications ont pu porter au-delà de la seule sphère cognitives. Peut-être qu’au cours de leur pratique de soignante, s’en rappeleront-elles, voire s’en serviront-elles ?
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