Les cellules / Les connexions neuronales

Pendant longtemps, il était admis que nous perdions des cellules en vieillissant. C’était inéluctable ; tout au plus pouvait-on en ralentir le processus… Cela n’était guère encourageant !
Heureusement, cette affirmation autrefois doctement véhiculée laisse désormais la place à une nouvelle assertion : ce n’est plus le nombre de neurones qui diminue avec l’âge, mais le nombre de connexions neuronales. Et cela n’est plus inéluctable ! Quel langage optimiste à présent !
Au cours de mes animations, j’aborde ce sujet quasiment chaque fois ; que mon public soit composé de jeunes enfants, d’adolescents ou de séniors, de salariés comme de managers. Il est important, me semble-t-il, de transmettre à tous que tout reste possible et que chacun a le pouvoir de changer les choses à son niveau ! Bien sûr, j’adapte mon discours à mon public.
Les connexions neuronales ?
Généralement, je pars souvent de l’exemple suivant pour que chacun puisse comprendre facilement ce qu’est une connexion neuronale :
- « Après avoir déménagé, au début, vous essayez différents trajets, pour aller de la maison jusqu’à l’école ou à votre travail. Puis vous n’en empruntez plus qu’un seul, toujours le même, parce qu’il est le plus rapide ou le plus simple. Et vous oubliez les autres possibilités.
- Mais du fait d’une grève, de travaux ou autres, un jour, ce chemin n’est plus accessible. Et cela vous contrarie, voire vous stresse et vous énerve ; vous êtes désemparé.
- Finalement, vous en trouvez un autre ; peut-être l’un de ceux essayés autrefois ?
Les connexions neuronales sont comme ces chemins que l’on créés, quand on traverse un champ, par exemple :
- Lors des premiers passages, l’herbe reprend rapidement sa place si personne ne la piétine à nouveau.
- Par contre, l’herbe demeure couchée, aplatie si le même chemin est régulièrement emprunté.
- Ensuite, l’herbe se tasse toujours davantage.
- Au final, l’herbe disparaît, la terre apparaît et un sentier de terre surgit, qui s’élargit à mesure des passages.
- Il est souvent ensuite empierré puis finalement goudronné et le passage d’autrefois devient une route.

Les connexions neuronales, à l’origine des habitudes
Il en va de même pour nos habitudes que de la création des chemins, autant nos habitudes d’actions et de comportements que de nos pensées et de nos conceptions, mais aussi de nos relations avec les autres comme avec nous-même. A un niveau dont nous n’avons généralement pas conscience, nos réactions et nos crispations corporelles sont également des habitudes.
Quelques exemples :
- Au réveil, consulter en premier son portable,
- Avant de commencer le travail ou à heures fixes, faire la pause-café – cigarette (même si on se dit qu’il serait bon d’arrêter la cigarette…),
- Parler avec des expressions toutes faites, des éléments de langage (« Du coup », « C’est un pervers narcissique », « Faire bouger les lignes »…)
- Le dimanche, chercher les croissants, faire son marché puis déjeuner d’un poulet dominical, ou faire du sport puis un brunch,
- Se tendre à la vue d’un groupe de « jeunes » sur le trottoir, d’autant plus si leur couleur de peau n’est pas comme la nôtre,
- Penser que les Politiques sont tous des …, que les Séniors ont forcément besoin qu’on leur laisse la place dans le bus…
Ainsi, ces automatismes régissent nos vies, alors que nous croyons être les maîtres de nos destins.
Les habitudes, au cours des ateliers de calligraphie
Ils sont parfois flagrants ces automatismes à l’occasion des ateliers de calligraphie que j’anime, notamment :
- Certains participants ne parviennent pas à comprendre le fonctionnement des katakana (signes japonais pour écrire les mots non japonais). Malgré mes explications parfois réitérées pour expliquer que chaque katakana écrit un son, ce qui correspond majoritairement à une syllabe pour l’alphabet occidental, ces personnes conçoivent les katakana comme les lettres de notre alphabet.
- Plus tard, au moment de calligraphier leur prénom, certaines personnes reproduisent les mêmes erreurs de traçage des traits et de positionnement des katakana à chacune des versions successives qu’elles exécutent, malgré mes explications et mes suggestions. Comme si leurs gestes restaient figés dans un unique mouvement, toujours identique…
- Pourtant, elles voient d’elles-mêmes rapidement leurs erreurs, sans que je n’aie à les leur pointer. Ce n’est donc pas une question de non compréhension ou de non écoute de mes suggestions.

Ce sont des automatismes qu’il convient de casser, pour que leurs calligraphies gagnent en harmonie, jusqu’à obtenir un ensemble équilibré et cohérent.
Remplacer les automatismes
C’est ce qui m’intéresse le plus quand j’anime : comment faire pour que mes interventions suscitent chez l’autre un abandon du geste préjudiciable, pour qu’un autre, parfait, le remplace ? D’autant que cela ne se passe pas au niveau de la volonté, car cela ne suffirait pas à faire que le corps change de lui-même de positionnement.
En d’autres termes, comment aider mon interlocuteur à abandonner un automatisme pour mettre en place une nouvelle connexion neuronale à l’origine d’un nouveau geste, plus adapté ?
Plus généralement, au-delà de la calligraphie, cette question peut être applicable à tous les comportements :
- Comment aider l’autre à ce qu’il change ? (pour se bonifier) Que ce soit dans ses comportements, sa façon d’être vis-à-vis de lui-même comme vis-à-vis des autres, dans ses pensées quand elles sont préjudiciables ?…
- Egalement, comment aider les enfants à adopter un comportement adéquat avec leur environnement sans avoir à leur faire peur en leur criant dessus, en les frappant ou en les faisant marcher au chantage, affectif ou autre ?
- Comment aider un collaborateur, comme un manager, à adopter un comportement et un style de relations qui ne soient pas préjudiciables mais respectueux et constructifs autant pour lui, pour son interlocuteur que pour l’entreprise ou le groupe auxquels il fait partie ?
A ce sujet, avez-vous eu connaissance de ces témoignages d’équipes de différents pays, en charge de l’accompagnement de personnes devenues aphasiques suite à des AVC ?

A l’aide d’exercices simples réalisés avec du matériel bricolé par elles-mêmes, ces équipes avaient eu la grande surprise d’entendre leurs patients se remettre à parler ; après pourtant six années pour l’un d’entre eux !
Suite à ces progrès inattendus, des recherches avaient permis d’éclairer ce qui s’était passé dans le cerveau de ces patients pour en arriver à ce résultat : ces exercices avaient permis de stimuler d’autres zones du cerveau que la zone « grillée » du fait de l’AVC. En quelque sorte, un chemin de connexions différentes s’était mis en place, pour, au final, atteindre la zone du cerveau à l’origine de la parole !
Ainsi, quoiqu’en disent de nombreuses personnes, il reste possible de changer, à tous les âges et, parfois même, très profondément !
Comment susciter ce changement chez l’autre ? Cela fera l’objet d’un prochain article.
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